Nouveau Spoken word: "Le jardin" par Loris Hantzis & Anatide Rondun

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Edge of tomorrow – Doug Liman (2014)

 Tom Cruise est quelqu’un de fascinant. Qu’on aime ou pas l’homme, force est de constater que l’acteur est en train, film après film, d’apposer son nom à côté de la science-fiction contemporaine. Au delà de cet attrait certain pour le genre, il s’appuie sur une large cinéphilie (il en parle ici) pour aiguiller ses choix de réalisateurs. Les films se construisant autour de sa seule présence à l’affiche, à l’image des Mission: Impossible, l’acteur sait s’entourer de nouveaux talents qu’il va chercher lui même pour le diriger derrière la caméra. Si ce processus a évidemment pour but de servir au mieux l’acteur, il s’avère avec le temps que certains réalisateurs par ailleurs inégaux se fondent à merveille dans le système de production dirigé de main de fer par Cruise. La ou Joe Carnahan (Narc, Le territoire des loups) abandonne Mission: Impossible 3 en expliquant : « Tom, tu as ta vision du film et moi j’ai la mienne » (l’interview ici), des réalisateurs sûrement plus malléables tels que Joseph Kosinski ou Doug Liman tirent le meilleur du « processus Cruise » pour délivrer de façon inattendue deux excellents films.

 En effet, si Kosinski n’avait rien prouvé ou presque avec sa suite très dispensable de Tron, Oblivion constituait quand à lui l’un des films de science-fiction les plus ambitieux de ces dernières années. Il en va de même avec Doug Liman dont les Jumper et Mr. & Mrs Smith avait durement entaché la réputation. Enrôlé par Tom Cruise qui réemploie Christopher McQuarrie au scénario (déjà sur Valkyrie et Jack Reacher), Liman va briller comme jamais encore avec ce Edge of Tomorrow qui s’impose comme un divertissement efficace et intelligent.

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La première chose qu’il faut remarquer en ces sombres temps dominés par l’humour bas du front de l’usine Marvel, c’est l’orientation adulte du film. Si l’humour n’est pas écarté, le film s’évertue à rester constamment respectueux de son point de départ pour le moins sérieux : la guerre. L’analogie avec la seconde guerre mondiale est d’ailleurs répétée tout au long du film : la première scène de bataille contre les extraterrestres dans la boue et le sable rappelant le débarquement ainsi que l’évocation fréquente d’une bataille particulièrement sanglante à Verdun. Le rôle du personnage de Tom Cruise, Cage, dans cette guerre est celui d’un héros classique. Militaire planqué, lâche, au début du récit, il va être forcé de s’initier au combat pour sauver les siens. Cette initiation est d’ailleurs tout le sujet du film car c’est en son sein que consiste le « Live. Die. Repeat. » (Vis. Meurs. Recommence.) présent sur l’affiche. Condamné à revivre la journée de la bataille jusqu’à ce qu’il en sorte vainqueur, Cage va devoir apprendre à « jouer ».

Cette initiation est en effet celle d’un joueur, un joueur de jeu vidéo. L’analogie est volontaire et extrêmement bien pensée : quand Cage meurs, il « renaît » au même endroit et recommence le niveau. De la, il doit refaire les même « cinématiques », réentendre les même dialogues et suivre la même intrigue qui le mènera au cœur du niveau, la bataille. Un savant travail de montage gérant toutes ces répétitions de façon agréable et parfois comiques (on pense effectivement à Un jour sans fin avec Bill Murray). Dans cette logique, Cage ne cache à peine son ennui face à cette répétition des cinématiques, un ennui que tous les gamers même débutants connaissent, c’est l’irrépressible envie de faire « avance rapide » pour aller directement à la bataille. Cage est un véritable joueur, il étudie le niveau pour anticiper ses mouvements et ceux de l’adversaire à sa prochaine tentative. Comme le joueur, son visage s’illumine quand enfin il arrive à enlever le cran de sûreté de son arme et tue son premier ennemi : il comprend comment fonctionne sa manette.

ALL YOU NEED IS KILL

Le concept est fort et unique et il est traité brillamment tout au long du film. Le bas blesse cependant dans le développement de l’intrigue, notamment dans les plans qu’élaborent Cruise et Blunt pour stopper l’ennemi qui se révèle être un seul et même organisme. Malgré cela, les nombreux autres points positifs font remporter l’adhésion. Les scènes d’action entre extraterrestres et soldats en exosquelettes sont lisibles et impressionnantes. Les armures des hommes étant beaucoup plus volumineuses que celles élaborées pour le récent Elysium, un grand travail sur le son permet de ressentir au mieux la lourdeur des coups et des chocs de métaux. Doug Liman fait par ailleurs attention à ne pas faire de ces enveloppes métalliques le sujet de son film, quand les personnages quittent ces « Full metal Jacket », un plan court mais au mouvement en avant prononcé vient cadrer l’armure vide pour bien montrer que les vrais acteurs sont les utilisateurs.

Le seul bémol que l’on pourrait adjoindre au film, et encore, cela relève de ma pure subjectivité, c’est la volonté clairement affichée de rester un divertissement sans prétention au tragique ou au dramatique. Le récit se basant sur la répétition, une histoire d’amour est difficile à développer entre Cruise et Blunt néanmoins les scénaristes s’en sortent admirablement bien en mettant en scène une relation de frères d’armes touchante et jamais trop appuyée. Malgré cela, dans son dernier quart d’heure, le film se lance dans un final épique qu’il ne peut justement jamais rendre véritablement intense de par sa volonté de rester léger la même ou les histoires entre les personnages se complexifient et ou beaucoup meurent ou risquent leur vie pour la planète. Edge of tomorrow aurait clairement pu se placer dans le même registre que la dernière bataille du Soldat Ryan mais cette matière tragique est laissée inexploitée sans que cela n’entache le film. On regrette juste que le métrage, la ou il constitue un excellent divertissement, un blockbuster efficace qui sert son concept au maximum, croit en ses personnages et propose un vrai scénario, ne prenne pas avantage de ce travail la pour se donner les ambitions de devenir un véritable film de guerre épique et tragique.

Loris Hantzis.

Transcendence – Wally Pfister (2014)

Télécharger la conscience humaine dans un ordinateur, voilà qui promettait en une bande annonce le film de science-fiction le plus empreint de thèmes Cyberpunk depuis Matrix. Le Cyberpunk étant un mouvement des années 80 faisant dérouler ses récits autour de la réunion entre le corps humain et les nouvelles technologies (si vous voulez plus d’explication sur ce mouvement d’après moi fondamentalement visionnaire, visitez mon site www.heartofgold.fr). Malheureusement, Transcendence n’a pas l’ambition de la trilogie des Wachowski et c’est d’ailleurs même dans sa note d’intention que le film s’étiole déjà.

Will Caster est un éminent scientifique qui défend l’idée selon laquelle une intelligence artificielle même basique sera plus intelligente que toute la race humaine. Il est alors blessé par un agent terroriste qui l’accuse de vouloir créer un nouveau Dieu. Sa femme va ainsi, par amour et ambition scientifique, télécharger la conscience de son mari dans PINN, le super-ordinateur créé par Caster lui même. L’opération de transition de conscience dans le monde numérique est bien sûr sommairement expliquée, de telle façon que jamais nous n’y croyons vraiment tant la tache pourtant impossible aujourd’hui, leurs semble aisée. Le film va ainsi, dés l’opération réussie, se mettre sur des rails scénaristiques balisés délaissant toute tension et enjeu réel. Sans suspense, le récit va un temps se focaliser sur un trio amoureux sans en faire un générateur d’actions pour les personnages ni d’émotion pour le spectateur. À cela va s’ajouter un cruel manque d’identité visuelle ou l’on sens l’aspect très « propre » du directeur de la photographie de Christopher Nolan, mais dont la réalisation sans personnalité appuie l’aspect très fade de l’ensemble.

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Will Caster est un être nouveau qui acquiert de plus en plus de puissance mais jamais le réalisateur ne semble avoir l’ambition ou le talent de créer des images pour représenter ce monde alternatif dans lequel évolue Caster. Le problème semble ainsi venir du projet original lui même. Libéré de toute présence physique, le personnage apparaît sur tous les écrans mais jamais la menace qu’il représente n’est véritablement transmise au spectateur. Le film semble se passer à un endroit qui ne nous est jamais montré, ne nous est montré que le résultat des actions de Caster et cela ne suffit jamais à créer un suspense, une tension suffisante pour nous passionner. La thématique du Dieu, qui devrait être centrale, est ainsi seulement touchée du doigt dans une séquence ou Caster redonne la vue à un aveugle, la mobilité à un handicapé mais le récit se conforme vite à son optique « réaliste », excluant le plus possible les pistes véritablement science-fictionesques. On est alors en droit de se demander si un tel film ne touche pas aux limites des thématiques Cyberpunk au cinéma. L’intelligence artificielle, l’interaction entre le corps humain et la machine, ne seraient ils pas des thématique demandant la création d’images nouvelles ? À trop vouloir se focaliser sur un présent quasi trivial le film en oubli d’être véritablement visionnaire et de se faire producteur de matière visuelle inconnue. Trop terre à terre, Transcendence ne se donne jamais le moyen de ses ambitions, s’agrippant à des personnages peu convaincants la ou il aurait pu déployer tout un imaginaire de science-fiction passionnant.

Loris Hantzis

Journal Universitaire – Nouveaux textes sur Heart of Gold

Johnny Mnemonic

Retrouvez l’avancement du journal universitaire de Loris Hantzis, Heart of gold: Journal Universitaire.

 

Side project – Loris Hantzis: Life in Paris 02/20

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08/07/14 – Christeene + Suicide

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Première partie déchaînée, Christeene est une sorte de travelo dégueulasse portée sur scène par deux acteurs de porno gay cheap. Le décor est planté, la « madame » balance une sorte de rap sexuel en chorégraphie synchronisée avec ses deux acolytes. Annulingus, sodomies simulées et pipes un peu moins, je pensais me retourner et voir Clive Barker et Al Pacino tendance Cruising. « They don’t like my act in Austin Texas. » (Ils aiment pas mon set à Austin Texas). Ici, le public adore, l’énergie, l’originalité et l’aspect imprévisible du show remportant l’adhésion. Côté musique c’est assez indéfinissable, on pense à Die Antwoord dans le côté rap crade mais on pencherais plus vers Death Grips (RIP) dans le côté totalement rentre dedans sans finesse. Faut avouer que j’ai rarement vu plus vulgos, entre gay pride et soirée SM, Christeene assure à fond.

10365393_10152446398359530_785320219380096442_oEt puis Alan Vega arrive, l’air vieilli, armé d’un sceptre il bénit le public. « Cheree », un de mes morceau favoris du groupe rends un peu mollasson et m’inquiète pour la suite du set mais il s’en sera rien. Je ferme les yeux et la sauce prends, Vega retrouve son chant si atypique, couvrant un mur de son hypnotique. Tout fait sens, sa voix se faufile à merveille à travers les vagues sourdes du synthé matraqué de coups. Suicide est bien vivant, le public accroche. Deux légendes de la musique électronique que j’attesterais avec fierté avoir vu dans vingt ans, leurs apparitions se faisant d’ailleurs de plus en plus rares. Une sacré soirée donc à la Gaité Lyrique, dans laquelle j’avais vu Slint il à quelques mois. Une salle que je recommande chaudement, je vais d’ailleurs y retourner bientôt pour voir un autre travelo dégueulasse, seigneur Genesis P-Orridge en personne avec son excellent groupe Psychic TV.

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Loris Hantzis.

 

Under the skin – Jonathan Glazer (2013)

Emprisonnée chez Woody Allen et l’usine Marvel, Scarlett Johansson reviens au cinéma indépendant qui l’a fait débutée en portant sur ses épaules un film qui lui doit à coup sur sa présence dans nos multiplexes. Devenue une star internationale à la plastique connue de tous, archétype de la femme parfaite mondialement désirée, l’actrice ne va pas pour autant utiliser un film à moindre budget pour briser son image de sex-symbol. Tout au contraire. Dés les premières minutes, elle est sublime. Jean moulant, haut décolleté, lèvres rouge sang. Tout jusqu’aux choix de cadrage nous font désirer cet être étrange. Étrange car trop parfait. Pareil à la plastique artificielle de la Major Kusanagi de Ghost in the shell, le personnage qu’elle incarne est ici présentée comme une nouvelle vénus rappelant les canons plastiques de Praxitèle ou Botticelli.

(Cliquez sur une des images pour mieux voir la similarité dans la position des jambes)

Mais que possède donc ce corps pour déclencher une fascination aussi unanime ? Le personnage lui même semble se le demander, passant de longues minutes à s’étudier dans le miroir. Ce corps parfait lui sert ainsi à attirer les hommes à qui elle demande des conseils d’itinéraire prétextant être perdue. Des victimes innocentes charmés comme nous par le sourire avenant de la jeune femme et l’attitude décontractée peu éloignée du jeu que l’actrice offrait dans ses comédies romantiques. Le film va ainsi suivre ce parcours de serial killer en camionnette ou, arrivés au point crucial de leur désir pour la femme fatale, ces hommes vont de façon littérale se noyer au cours de séquences sublimes, peu à peu emmitouflés impuissants dans un océan noir vitreux.

Comme pour Birth, le précédent film du réalisateur, le mystère seul suffit à faire avancer l’intrigue du film, il est le seul moteur. C’est un procédé qui ne fait pas de quartier, soit l’ambiance suffit à hypnotiser le spectateur de la même manière que pouvait ou non le faire Only God Forgives, soit le spectateur s’enfonce dans un ennui total, désespéré par l’absence totale d’enjeux clairement exprimés. De mon côté persiste un goût en demi-teinte, l’exact même qui m’accompagnait après le visionnage de Birth. Qu’on soit happé ou non par l’ambiance, il semble manquer quelque chose à Under the skin pour remporter l’adhésion. Il manque un indice, un détail, un plan qui ferait sens au delà de la velléité claire de radicalité.

Car Under the skin est un film extrêmement avare d’explication. Assiste t-on à une quête humanité comme c’était le cas dans Ghost in the shell ? L’enjeu étant alors l’apprentissage de ce qui est "under the skin", "sous la peau", c’est à dire l’esprit, la conscience. Seulement, lorsque le personnage recrache ce morceau de gâteau, c’est justement cet espoir d’acquisition d’humanité qui semble déçu, son corps extra-terrestre ne permettant pas de déroger de sa mission sur terre et de vivre comme ses habitants.

C’est en rentrant de la séance que le sens du film m’est apparu. À mesure que j’arpentais le chemin du retour m’est revenu ce dialogue prononcé par la femme du personnage incarné par Bruno Cremer dans Sorcerer de William Friedkin : « – C’était un militaire et rien de plus. – Personne n’est quelque chose et rien de plus. ». Cette phrase résonnait dans ma tête à mesure que je voyais les passants défiler devant mes yeux, nous sommes tous plus que notre enveloppe, plus qu’une seule chose. Plus que notre apparence, plus que notre fonction. Aujourd’hui au sommet de sa beauté et de son charme, Scarlett Johansson vient incarner un personnage prisonnier de son apparence, de sa beauté, prisonnier du rôle qui lui a été donné, prisonnière du regard oppressant des hommes. Il est probablement impossible de savoir si l’actrice tourne ce film en ayant conscience de cette analogie avec le rôle qu’elle incarne mais le clip qu’elle réalisa en 2009 à l’occasion de la sortie de son sublime album de reprises de Tom Waits laisse penser que c’est bel et bien le cas : star maquillée, photographiée, filmée, adulée, constamment mise en valeur mais finalement seule, inconnue de tous, mélancolique et triste. Under the skin résonne du même désir d’évasion que le clip, s’évader de son corps, de sa célébrité, de son rôle, pour enfin laisser paraître ce qu’il y a under the skin, sous la peau.

Loris Hantzis.

Introduction au travail de Cédric Calandraud, par Loris Hantzis

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Pour découvrir les derniers projets photographiques de Cédric Calandraud: www.cedric-calandraud.com

 

La ville n’est que l’illustration visuelle des mondes intérieurs de ses habitants. Pour Cédric Calandraud, elle est le lieu d’une lutte continuelle, une lutte comme une fin en elle même. Meilleure amie et meilleure ennemie. Amie car réservoir infini de création et ennemie dans sa violence sourde, comme une tension vibrante animant chaque ombre des clichés. Au fond, elle est une impasse, chaque rue, chaque passant, chaque enseigne, chaque ami, chaque lumière ramenant le photographe à lui même.

Car Cédric Calandraud est un photographe de l’intériorité. Couleur, noir et blanc, modèles ou paysages, chaque œuvre vient des tripes et l’homogénéité stylistique naît de l’hétérogénéité d’une production tournée vers le quotidien. Chaque photo transpire des peurs de son auteur, elles suintent la honte, la haine, la violence, l’anxiété maladive, elles puent la vie dans sa nature la plus démunie, la plus instable.

« De ce chaos me viennent des images. » disait Francis Bacon. Clichés après clichés, Cédric Calandraud n’a de cesse de chercher dans les rues connues ou inconnues, la matière cérébrale à capturer. L’appareil photographique accomplissant alors un véritable rôle de médium, décryptant les messages intérieurs pour les figer dans l’appareil et les offrir au monde. À l’intérieur de ce kaléidoscope d’images, les couleurs se répondent comme des histoires. Tensions puis relâchements, les photographies rythmes le parcours émotionnel de leur créateur dans un chaos sourd.

Perdu dans ces rues cérébrales, le photographe s’enfonce en lui même. Le geste photographique devenant alors une tentative de survie, les mains tâtant la paroi pour trouver de quoi s’agripper dans cette chute sans fin. Des photos comme un combat, un combat contre lui même. Un combat intérieur ou le corps émacié de lignes noires côtoie le visage angélique de l’être aimé. Comme une multitude de mondes aux ambiances différentes, les pièces d’un puzzle qui ensemble dessinent leur auteur dans sa vérité la plus pure.

Loris Hantzis.

 

Ms. 45, pamphlet féministe ou itinéraire d’un traumatisme?

Ms. 45 ou L'ange de la vengeance

Ms. 45, pamphlet féministe ou itinéraire d’un traumatisme, des lectures incohérentes dépendantes de l’empathie.

Tentative d’analyse "gender studies" du chef d’oeuvre d’Abel Ferrara.

Thana, jeune couturière aphone, menait jusque-là cette vie sans histoires à laquelle l’ont toujours contrainte autant son handicap qu’une timidité aux dimensions maladives. En rentrant un soir du travail, déclinant l’invitation de ses collègues à les rejoindre pour un verre entre copines, elle est entraînée au fond d’une sordide ruelle par un homme affublé d’un masque de clown qui la violera au milieu des poubelles. Le temps de reprendre ses esprits et d’arriver chez elle, Thana surprendra un cambrioleur en pleine visite de son appartement. Sans état d’âme, ce visiteur inattendu abusera lui aussi d’elle. Poussée à bout, elle profitera que son assaillant s’abandonne quelques instants à l’incontrôlable extase de l’orgasme pour l’assommer d’un coup de presse-papier. Armée d’un fer à repasser, Thana achèvera l’intrus mais son œuvre, elle, ne fait que débuter.

Ms. 45 est un film d’exploitation des années quatre vingt réalisé par Abel Ferrara. Conçu au sein d’un réseau très indépendant, il est difficile d’en extraire des théories valables pour de nombreux autres films de l’époque ou encore les symptômes de la société qui l’a engendré à une très grande échelle. Il permet cependant de croiser deux éléments d’études que nous avons abordé : l’optique gender studies avec la très graphique guerre des sexes qui à lieu dans le film ainsi que la passionnante théorie de Robin Hood sur l’incohérence d’une frange du cinéma américain. Pour tester ces théories nous allons étudier les différentes lectures possible de Ms. 45 ou L’ange de la vengeance en français, entre libération féminine et traumatisme du viol documentaire, pour voir comment l’empathie pour le personnage fait naviguer le spectateur entre ces lectures et crée de ce fait une incohérence typique du cinéma américain des années soixante-dix.

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Side project – Loris Hantzis: Life in Paris

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